American Gods de Neil Gaiman



J'ai lu American Gods à sa sortie en 2001. Grand fan de Sandman, j'en attendais beaucoup, et j'ai surtout été déçu. Sans en avoir de souvenirs très précis, j'avais été frustré par la passivité du personnage principal et trouvé que, si le roman était truffé de trouvailles et d'idées excellentes, il manquait finalement de souffle.

Cet été, j'ai eu une longue discussion avec une amie sur l'intérêt du bouquin, et je me suis dit qu'il fallait que je le relise pour voir si j'étais passé à côté de quelques chose lors de cette première lecture. Comme en plus on annonce une série TV pour 2017, c'était le bon moment.

Le personnage central d'American Gods c'est Ombre. Il a fait trois ans de tôle suite à un casse qui a mal tourné, mais un drame familial facilite sa libération anticipée. Lors du vol qui le ramène chez lui il rencontre un vieil homme louche qui se fait appeler Voyageur (en VF, c'est Wednesday en VO.) Wednesday lui propose de l'engager comme homme à tout faire. Découvrant qu'il n'a plus rien à perdre, Ombre accepte.

Son périple à travers les USA avec (et sans) Voyageur va l'amener à rencontrer les traces survivantes des croyances des vagues successives d'immigrés venus s'installer en Amérique. Il va également se retrouver mêlé à un complot d'ampleur mystique, on pourrait même dire mythologique dans lequel il aura un rôle clé à jouer.

Qu'American Gods soit truffé d'idées excellentes est difficilement réfutable. Gaiman adore la mythologie (on le savait depuis Sandman) et ce qu'il en fait dans American Gods est tout simplement génial. Il ne se passe pas un chapitre sans qu'on soit pris par un concept génial. Aucun doute sur l'originalité et l'intérêt de la démarche.

Là où le roman pêche (à mon avis) c'est dans son execution: en gros les deux-tiers du roman sont une longue exposition à travers une sorte de road movie référentiel, et si c'est truffé de scènes mémorables, ça n'en est pas moins long et lent. Ombre subit ces événements, prenant rarement la moindre initiative. Il est lent à la comprenette, plus lent encore que le lecteur, et au bout d'un moment le procédé devient lassant.

Heureusement, le dernier tiers est beaucoup plus enlevé, même s'il arrive franchement tard. On a le sentiment que Gaiman est un peu comme le personnage de Richard Madoc dans Sandman (Dream Country): il a tellement d'idées géniales à la seconde qu'il n'arrive pas à les articuler de façon idéale pour le récit. D'une certaine manière les concepts prennent le pas sur l'histoire et c'est un peu ce qui dessert le roman.

J'en ressort néanmoins avec une appréciation un peu meilleure que dans mon souvenir: pendant ce lent démarrage ce sont les concepts géniaux qui nous font avancer plus que le récit, mais ce dernier, au final, n'est pas inintéressant. Bref, il y a un problème de rythme, c'est indéniable, mais ça vaut le coup de s'accrocher.

On peut d'ailleurs espérer que les contraintes du format télévisuel amèneront les scriptwriters à résoudre au moins partiellement ce souci. Vivement 2017 !

(Ce billet a été initialement publié sur www.hu-mu.com le 4 Octobre 2016)

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